« Le deuil renvoie nécessairement chacun de nous à sa propre solitude, à ce lieu central de notre être où se trouve notre centre de gravité… et où se tiennent toutes les réponses, si on sait poser les bonnes questions. » (Christophe Fauré)

Si intense que puisse être la solitude du deuil, cette aventure de l’intériorité vécue pleinement a une puissance de transformation véritable. Elle peut être aide au deuil et ressource pour un avenir de vie. Elle donne à comprendre qu’être solitaire, ce n’est pas être seul.

La solitude comme aide au deuil

Avec la perte d’un être cher, celle d’une personne aimée, se découvre « l’expérience de l’irremplaçable » selon l’expression de Cynthia Fleury. Apparaît alors la solitude du deuil, ce vécu très personnel lié au degré de proximité avec le défunt. L’intensité de cette solitude ressentie au cœur de soi a pour origine notre solitude ontologique, celle vécue face à notre propre naissance, qui sera aussi celle vécue face à notre propre mort.

Derrière l’intériorité entière de cette solitude se dissimule une fonction salvatrice d’aide au deuil. En son for intérieur on peut parler au défunt, faire corps avec le silence pour progresser, plus vite, vers l’apaisement. La solitude peut être une ressource pour un avenir de vie. L’univers intime de la chambre, une respiration profonde, la méditation de pleine conscience ou l’organisation de rituels privés peuvent permettre de couvrir le manque et de cohabiter avec les émotions du deuil. La solitude du deuil peut trouver à devenir l’espace-temps d’une paix intérieure.

Solitaire mais pas seul.e

Cette expérience de solitude intense qu’est le deuil d’un proche exige la solitude tant qu’elle est saine. La solitude du deuil peut parfaitement être une ressource dès lors qu’elle n’est pas isolement ou repli sur soi. Ces dernières attitudes peuvent constituer des obstacles dans les étapes du deuil ou une tentation forte dès lors que, en état de deuil, on peut se sentir vivre en parallèle de la vie des autres.

Il s’agit de trouver l’équilibre qui pourra faire alterner la stricte solitude avec la compagnie. Le réconfort se frayera d’autant plus volontiers un chemin que l’on s’essaiera par exemple aux bienfaits de l’écriture thérapeutique ou que l’on piochera dans une bibliographie du deuil. Prendre soin de soi, se soucier de son sommeil, de son alimentation, de son activité sportive seront autant de manières de transformer en force la fragilité liée au deuil.

Vivre sa solitude du deuil, ce peut être enfin reconnaître ses propres limites et le droit d’être aidé par un expert du deuil, que ce soit un groupe de parole, une association, un professionnel du deuil, un proche qui saura aider une personne en deuil. En définitive, se relier aux autres, refaire lien est peut-être la plus belle issue à la solitude du deuil, car elle permet de réaffirmer, pour la vie vécue et à vivre, ce que Cynthia Fleury nomme « l’éternité des liens comme seule vérité ».

Pour aller plus loin :
■ Articles « Les étapes du deuil », « Les bienfaits de l’écriture thérapeutique », « Les émotions du deuil », « Bibliographie du deuil », « Aider une personne en deuil ».
■ Cynthia Fleury, Les Irremplaçables, Gallimard, 2005.