Aussi la mort d’un être cher est-elle presque comme la nôtre ; presque notre mort : c’est l’inconsolable qui pleure ici l’irremplaçable. (Cynthia Fleury)

Intenses, saccadées ou plus fugitives, les émotions du deuil jalonnent les étapes du deuil. Apprendre à leur faire accueil, à les discerner, à y faire face, à les déloger de soi participe efficacement au processus du deuil.

Interroger les émotions du deuil pour les accepter

Dans la solitude du deuil, les émotions du deuil, une à une ou toutes à la fois, feront connaître leur acuité. Même si il n’est pas facile de s’y préparer, savoir les nommer permet de les affronter.

Quelles sont les émotions du deuil ? La stupéfaction, la sidération, le déni liés au décès peuvent s’accompagner d’un sentiment d’incompréhension. La sensation de manque ultime liée à la perte d’un être cher peut aussi se faire jour et avec elle la douleur du vide. La tristesse, le chagrin, la souffrance, lorsqu’ils font et refont surface, sont souvent liés au souvenir du défunt ; la réminiscence se joint alors au retour de la douleur. « Le souvenir du bonheur n’est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est de la douleur encore », nous dit Lord Byron dans Marino Faliero.

L’expérience de la déchirure, de l’abîme vont de pair avec une humeur dépressive. La colère et la culpabilité font également partie des émotions du deuil les plus vives. Elles peuvent être opposées ou contradictoires, mélangées ; on peut même ressentir du soulagement à voir partir un proche aimé après qu’il a souffert dans sa fin de vie et, avec lui, le regret de ne pas avoir été à ses côtés.

Ces béances qui s’ouvrent tour à tour, ces assauts qui surviennent en à-coups parfois malgré soi, il convient de rester attentif à leur traversée tant dans le cœur que dans l’esprit. Interroger le ressenti des émotions du deuil permet d’être à l’écoute de ses apparitions intimes. Cette traversée émotionnelle des étapes du deuil manifeste un état à vivre.

Exprimer les émotions du deuil pour se libérer

Il n’y a rien d’anormal à ce que les émotions du deuil s’expriment tout au long des étapes du deuil. Bien au contraire, les éprouver l’une après l’autre ou dans leurs vagues successives, ce sera cheminer vers la résilience du deuil.

Il peut être tentant d’enfouir les émotions du deuil en son for intérieur que ce soit par réflexe, par pudeur ou en pensant protéger son entourage. Ce camouflage, ce barrage du poids de votre résistance, n’aura pour autre effet que de faire ressurgir ultérieurement les émotions du deuil avec une expression accentuée, révèle Christophe Fauré, expert du deuil.

Mettre en place un rituel privé permettant de savourer les bienfaits de l’écriture thérapeutique mobilisera les émotions du deuil afin de s’en décharger. Ce sera là s’emplir de vaillance dans l’opacité de la nuit intérieure.

Un espace InMemori pourra fournir un reposoir fort, un lieu d’expression des émotions du deuil dans leurs tonalités diverses, qu’il s’agisse de parler du défunt ou de parler au défunt. On pourra mélanger sur les espaces InMemori un ressenti de coeur lourd à l’expression d’un temps heureux partagé avec l’aujourd’hui défunt pour se libérer et permettre à chaque tonalité de trouver sa place.

À l’amplitude des émotions du deuil, on pourra rétorquer avec Marguerite Yourcenar, pour s’apaiser, un défunt intériorisé : « Rien, ni le temps, [...] ni l'âge, N'empêcheront jamais que vous ayez été. Que la beauté du monde a pris votre visage, Vit de votre douceur, luit de votre clarté. »

Pour aller plus loin :

■ Cynthia Fleury, Les Irremplaçables, Gallimard, 2005.

■ Articles « Aider une personne en deuil », « Les bienfaits de l’écriture thérapeutique », « Les étapes du deuil », « La solitude du deuil »