À l’approche de Noël, nous est rappelé les temps durant lesquels cette personne chère à nous fut là, parmi nous. Bien que nous sachions que ces temps écoulés sont révolus, que nous ayons parfois fait une partie du chemin de deuil depuis, cela ne nous empêche pas de trouver refuge dans ces bons souvenirs qui pourtant aujourd’hui contrastent avec la réalité de l’absence.

Notre cœur est-il préparé à fêter Noël ?

On n’aura jamais fini de chercher à comprendre le sens de Noël sans lui ou sans elle, mais aussi les possibilités offertes par la vie. Il s'agit de ne se forcer à rien, plutôt de vivre selon là où nous en sommes de notre deuil. On s'associera aux réjouissances dont l'on aura l'initiative ou auxquelles nous serons invités, à la mesure de nos possibilités d'ouverture et de réceptivité, à la mesure de notre tentation au repli, sans afficher par complaisance ce visage de connivence au faux sourire.

La peine peut alors y devenir proportionnelle à l'état d'allégresse qui nous environne et dans laquelle nous nous retrouvons plongé, parfois malgré nous. Et puis, fêter Noël ne serait-ce pas un acte de trahison à notre défunt ? De quel droit s'autoriser la joie ? La mort n'implique-t-elle pas de se faire tristesse ? Comment continuer à profiter de la vie malgré tout le vide causé par ceux qui sont partis ?

L’acte simple de porter de l’attention à ceux qui sont là ou de réinvestir le moment présent peut constituer une aide précieuse. S'auto-éduquer à la vie qui va, en développer le goût ou encore revenir à ce goût, en étant seul avec sa solitude parmi la communauté des invités. Se laisser aller à la dynamique familiale peut-être, tout en gardant une relation d’âme au défunt.

Comment penser à nos défunts à Noël ?

En ce jour singulier de Noël, on peut penser autrement à notre défunt.

  • Feuilleter dans la complicité familiale un livre des hommages reprenant pensées, mots de soutien, photos, peut à la fois procurer un soulagement et permettre de parler du défunt avec entrain, de le nommer un moment en lui redonnant une place.
  • Faire revivre les mémoires, figées ou vivantes, sans tomber dans le ressassement, permettra de converger vers l’apaisement.

Notre défunt intériorisé, celui qui vit en nous et nous habite à toute heure de peine comme de fête, notre défunt dans le temps de Noël nous rend capable de tous les recommencements.

Aimait-il cuisiner les sablés alsaciens, que la joie de les cuisiner à notre tour, à sa place, nous guidera.

Non pas reproduire le geste, mais se le faire sien, chacun à sa manière, ne pas s’interdire les habitudes, les revisiter peut-être. En acquiesçant à la vie du défunt, par là nous nous réapproprions notre propre vie.

Avec Noël aussi peut émerger l’idée d’assigner le défunt à un objet intemporel pour figer le temps et la mémoire. Pourquoi ne fixerait-on pas le ciel dans la nuit et l'intensité d'une étoile ? En portant sur l'étoile la fixité d'une pensée à cet être cher. Le mystère de Noël peut être celui de la vie invisible, celui qui permet de retrouver une relation intérieure subjective avec la personne défunte dont la vie vécue ne sera jamais détruite et ne disparaîtra jamais au regard de l'éternité.

À Noël sans doute faut-il faire feu du bois de l’équilibrisme.
Marcher entre le fil de la vie à vivre et le sillon tracé par le défunt.
Se souvenir que la sérénité peut s’introduire même au cœur de la mélancolie. S’opposer à la nuit sans fuir la joie.