« L'une des seules choses qui importent véritablement à beaucoup d'endeuillés : le sort du défunt, l'endroit où le penser, qui relèvent du présent et du futur de la relation. » (Magali Molinié, Soigner les morts pour guérir les vivants, 2006)

Qui était le défunt ? L’espace inmemori, en croisant les témoignages de tous ceux qui l’ont connu à différentes époques de sa vie, invite à redécouvrir le défunt.

Une vie dans toute sa globalité

L’espace inmemori, une fois ouvert, se remplit de petits mots, d’anecdotes relatives au défunt. Tous ces morceaux choisis forment un puzzle dont chacun des messages déposés est une pièce. De quel puzzle s’agit-il ? Du puzzle d’une vie. Le défunt que chacun vient honorer aura eu plusieurs vies au sein de sa vie : il aura vécu en plusieurs lieux, il aura voyagé, il aura côtoyé, aimé diverses personnes.

C’est l’unité et l’épaisseur de cette vie à travers la disparité des expériences que célèbre un espace inmemori. L’identité manifeste du défunt se révèle à chaque ligne écrite, à chaque photo partagée. Les petits-enfants peuvent ainsi découvrir la densité de la vie de l’un de leurs grands-parents par tel ami qui racontera sa jeunesse, tel collègue qui parlera de lui au travail à la quarantaine, tel soignant qui se remémorera avoir accompagné les derniers temps de sa vieillesse. « Nous avons pu également joindre les différentes vies de sa personne : familiale, professionnelle, amicale... et éditerons un livre de souvenirs pour les enfants qui restent », explique une famille. Tout espace inmemori se déploie comme un vaste espace confidentiel, un tissu relationnel où vient rayonner la personnalité du défunt.

La richesse d’une personnalité

En étant invité sur un espace inmemori, le regard enquête et amène souvent à prendre connaissance des autres messages laissés là. « Par des modalités intimes, les morts sont évoqués, honorés, invités par les vivants à certains modes de présence », révèle la psychologue Magali Molinié. Comme en écho, « Les récits d’hommage intensifient la présence, ils sont vecteurs de vitalité », nous dit la philosophe Vinciane Despret.

La mémoire de chacun des proches a fait un effort de circonstance pour se rappeler qui était ce défunt qui compte. Chacun apporte sa pierre à l’édifice mémoriel avec ces questions : de quelle manière a-t-il participé à ma vie ? que laisse-t-il en moi et autour de moi ? « Sur l’espace InMemori, quand ma mémoire se lie à celles des autres, alors l’être cher que j’ai perdu prend une autre dimension », indique un utilisateur du service. Il peut s’agir d’un trait de caractère du défunt, d’un vilain défaut qui prête à sourire, d’un goût particulier, du sens qu’il donnait à sa vie, d’une passion qu’il cultivait ou encore de son aura.

Des facettes insoupçonnées

Celles et ceux qui ont fréquenté le défunt éclairent par leur témoignage leur propre vie, celle du défunt, et celle de ceux qui les liront. Un témoignage a la faculté de soulager tout en préparant la vie d’après. « Inmemori a permis à tous ceux qui n'ont pas pu être physiquement présents lors de la cérémonie, ainsi qu'à ceux qui y ont participé, de pouvoir échanger leurs sentiments et leurs vécus avec celui qui a partagé ma vie durant 32 ans. Inmemori m'a permis également de voir combien il était aimé et apprécié, et de découvrir des photos de lui avant notre rencontre », reconnaît la femme d’un défunt.

Si chacun prend soin, quelle qu’en soit la manière, de qualifier sa proximité avec le disparu, de détailler le contexte d’une rencontre, de positionner son existence par rapport à celle du défunt, alors surgira de l’inédit. « J’ai découvert avec surprise et émotion la richesse de tout ce qui avait déjà été écrit par sa famille, ses amis, ses anciens collègues de travail, les rencontres qu’il avait faites… Tous ces « petits mots » très personnels, pleins de chaleur et d’attention formaient un ensemble qui tissait du lien autour de lui et entre tous ceux qui l’avaient connu ; je le connaissais bien et pourtant je découvrais encore un peu mieux qui il était, et l’incroyable variété des expériences qu’il avait vécues », témoigne une proche.

L’inédit est significatif, lumineux. Et qui sait, autour de l’espace Inmemori, de belles retrouvailles pourront même s’engager, des années après, entre ceux qui, par leurs mots offerts, ont permis de redécouvrir le défunt.

Concluons avec Vinciane Despret que, « Les morts demandent à être aidés à nous accompagner ; il y a des actes à réaliser, des réponses à donner à cette demande. Répondre accomplit non seulement l'existence du mort, mais l'autorise à modifier la vie de ceux qui répondent. »