« C'est dans le noir qu'on espère la lumière, c'est la nuit qu'on écrit des soleils.»
(Boris Cyrulnik, La nuit j’écrirai des soleils, Odile Jacob, 2019)

Avec la perte d’un être cher, un néant peut envahir : il nécessite d’être traversé et dépassé. La résilience dans le deuil favorise un retour progressif à la vie à vivre.

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, premier à avoir introduit le concept de résilience en France et à avoir popularisé son usage, donne cette définition : “la résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer, en dépit de l’adversité.”

Se débattre pour revenir à la vie

Le décès d’une personne aimée entraîne souvent un choc dévastateur au plus intime de soi. La souffrance devient centrale ; c’est une des émotions du deuil, sans doute la plus abrupte, la plus accablante. En traversant les étapes du deuil, l’absence de l’être cher peut s’accepter peu à peu, dès lors que l’on prend à bras le corps son chagrin. La résilience dans le deuil est une capacité de rebond après le choc. C’est un processus qui s’expérimente pour se relever et revenir à la vie.

Par réflexe de protection, face au décès, on peut s’absenter de soi-même, vivre comme à côté de sa vie. La blessure du deuil suppose alors de se consolider, de « reprendre un autre type de développement après une agonie psychologique », selon les mots de Boris Cyrulnik. Il s’agit d’une évolution nouvelle après l’ébranlement ;  passer d’un sentier raide, étroit et escarpé, à un chemin d’évolution, large et dégagé.

Apaiser peu à peu le deuil

Dans la solitude du deuil, un segment d’éclaircie se dilate. Le coeur endeuillé, qui est un coeur blessé, entrevoit une lueur. « Pourquoi le champ de la blessure est-il de loin le plus prospère ? », se questionnait René Char. Parce qu’il y a, sans doute, au sein de cette blessure profonde - particulièrement vive dans le deuil traumatique - un espoir de résilience. La résilience dans le deuil est une transformation progressive d’un mal-être profond en une impulsion positive et régénératrice. Dès lors qu’un décès déstabilise, il s’agit de changer, le temps aidant, cette instabilité intime en un état plus équilibré.

Aider à la résilience, inmemori y croit, et ce peut être en combattant la disparition par le lien social. Une famille en témoigne : “vivre la perte avec grâce et beauté à travers les mots et les images que nous pouvons partager sur l’espace de notre parent disparu, c’est inestimable.

Se remettre sur la route de la vie peut se faire par les bienfaits de l’écriture thérapeutique. « Écrire des soleils la nuit », selon le titre d’un ouvrage de Boris Cyrulnik, c’est faire l’expérience du pouvoir des mots pour renouveler notre être et intérioriser la remémoration du défunt avec plus de quiétude. Aider une personne en deuil, s’aider soi-même, c’est avoir des clés pour vivre ou aider à vivre une résilience et ainsi avancer sur une voie de sérénité et de stabilité libératrice.

Des inspirations pour fortifier sa vie

L’épreuve du deuil peut permettre de puiser dans ses ressources intérieures et extérieures pour se réinventer. Le deuil et la vulnérabilité offrent une occasion d’explorer qui nous sommes. “Nous avons tous une capacité à la résilience”, nous dit la philosophe Cynthia Fleury. L’épreuve amère du deuil peut nous conduire à une dynamique de création.

Le lien social et la création sont des clés à la résilience. Des témoins et des spécialistes nous éclairent : Gaël Leiblang nous suggère des moyens physiques et psychiques de dépassement : par le sport ou par l’assiduité à l’écriture de nos pensées. Marie de Hennezel nous propose de nous emparer des rites du quotidien et de nous guérir grâce à eux : allumer une bougie, se retrouver autour d’une photo, parler au / du défunt. Catherine Le Grand-Sébille convoque la force du groupe par des gestes concrets, ses mécanismes de solidarité et de soutien. Anne-Dauphine Julliand souffle la consolation comme un baume pour le coeur : “s’approcher, toucher, parler”.

La résilience est une sorte de guérison sans être une réparation ; elle est un espoir de renouveau à s’approprier.