Face aux funérailles confisquées durant le confinement, il paraît essentiel que le dernier adieu au proche aimé puisse se faire. Marie de Hennezel, psychologue clinicienne spécialiste de la fin de vie et auteur de livres qui ont fait date, tels que L’Art de mourir (1997), Nous ne nous sommes pas dit au revoir (2000), La Mort intime (2001) ou encore Mourir les yeux ouverts (2005), évoque pour vous les clés de cet ultime au revoir.

Dans son allocution du lundi 13 avril 2020, Emmanuel Macron a eu une attention particulière pour le rituel de l’au revoir : « Je souhaite que les hôpitaux et les maisons de retraite puissent permettre d’organiser pour les plus proches, avec les bonnes protections, la visite aux malades en fin de vie afin de pouvoir leur dire adieu. » Comment peut donc avoir lieu ce dernier au revoir si important dans la mise en route du travail de deuil ? Marie de Hennezel, sollicitée par EliseCare, suggère des recommandations pour permettre ce « droit au mourir dans la dignité ».

Maintenir le lien d’affection

S’il est avéré que le résident d’un Ehpad ou d’un hôpital est en fin de vie, qu’il
« s’engage dans un processus mortel, qu’il se laisse mourir », une solution pour son entourage proche qui en est averti, peut être « d’enregistrer des mots d’adieu qui pourront être diffusés à la personne en fin de vie par un soignant et qui pourront lui permettre de partir de manière sereine ».
Ce lien d’affection - la voix, si intime - est aux yeux de Marie de Hennezel ce qui permettra d’inviter l’apaisement et de tenir à distance le sentiment de culpabilité.

Installer un rituel de transmission

Il y a des cas où le soignant assiste seul au dernier souffle du patient. Quel rôle peut-il avoir vis-à-vis de la famille absente du fait des mesures d’isolement strictes ?

Marie de Hennezel révèle que la transmission des derniers mots prononcés par la personne en fin de vie aura une vertu pacificatrice à la fois pour le soignant et pour la famille puisqu’ils faciliteront leur deuil. « Si un soignant est présent au moment de la mort d’une personne et que la famille n’est pas là, il faut écrire tout de suite la manière dont ça s’est passé, peut-être les dernières paroles que la personne a dites au moment de mourir de manière à pouvoir les transmettre à la famille. Rien que ce petit rituel de transmission de la manière dont ça s’est passé, des derniers mots qui ont été dits, ça fait beaucoup de bien, et au soignant qui transmet, et à la famille qui reçoit le message. »

Les recommandations de Marie de Hennezel préservent la profondeur du lien, où la voix portée au chevet de la personne en fin de vie devient garante d’un départ en paix, où ses dernières paroles portées aux oreilles de ses proches leur permettent de vivre l’au revoir.  

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