Si la mort est une étape inéluctable de la vie, la disparition d’un être cher est vécue différemment selon les fidèles. Les religions ont instauré des rites de deuil, plus ou moins codifiés,  pour accompagner l’épreuve de la séparation après le décès d’un proche.

Couleur du deuil

La Bible, le Coran ou les enseignements de Bouddha ne mentionnent pas une couleur de deuil. Aussi, elle diffère selon les pays.

Les chrétiens adoptent le noir (Russie, Grèce, Espagne, Italie, Roumanie…) ou le blanc (pays d’Afrique noire, certains états d’Amérique…) ; gris, violet ou marine le semestre suivant l’année de deuil (demi-deuil).

Pas de couleur pour les juifs mais une déchirure de leur vêtement : à gauche au niveau du cœur s’ils ont un lien de sang direct avec le défunt ; à droite pour le conjoint. Ils le porteront les 7 premiers jours puis le détruiront pour que nul ne le porte (cela pourrait lui porter malheur). Pas de chaussures ou vêtements neufs pendant un an pour la perte d’un parent ; un mois pour un frère, une sœur, un enfant, un conjoint.

Les musulmans portent le blanc chez les Sunnites, le noir chez les Chiites en signe de deuil.

Pour les hindous, la couleur du deuil est le blanc. Les hommes ne se rasent pas, les femmes ne se lavent pas les cheveux les 10 premiers jours de deuil. Les fils se rasent le crâne pendant un an pour la perte d’un de leurs parents.

Quant aux bouddhistes, les vêtements doivent être exempt de couleur, le blanc ou le noir sont privilégiés (Japon, Corée) ou blanc uniquement (Chine, Inde).
Les bouddhistes sacrifient leur chevelure ou restent décoiffés en signe de deuil.

Fleurs ou bougies ?

Des fleurs sont déposées sur les tombes chrétiennes. Le jour des funérailles, coupées ou en couronne en rappel du nimbe des saints et de la vie coupée ici-bas ; en pot par la suite pour signifier la reprise de la vie dans l’autre monde.

Pour l’hindouisme, un collier de fleurs et des corolles parsemées généreusement sur le corps.

Les fleurs sont moins présentes dans le bouddhisme et prohibées sur les pierres tombales musulmanes et juives même si on en trouve dans les cimetières français, les familles s’inspirant des coutumes du pays.

Par contre, le judaïsme prescrit de déposer des cailloux en signe du passage de proches et de l’irréductibilité de l’âme tout comme d’allumer une veilleuse avant de se recueillir. Dans la maison en deuil durant la semaine qui suit l'inhumation, les miroirs sont recouverts d’un linge et une veilleuse brûle en permanence. Sa flamme symbolise l’âme montant vers le Créateur.

Souvenir du défunt

À chaque anniversaire du décès d’un parent, le judaïsme prescrit aux enfants :

  • d’allumer une veilleuse à leur domicile,
  • de prononcer le Kaddish sur la tombe (prière de deuil en araméen sanctifiant et glorifiant le Nom divin),
  • de respecter un jeûne strict de 25 heures (certains s’abstiennent de viande et d'alcool).
    Le soir, les proches sont invités à assister à l’office à la synagogue suivi d’un buffet offert à la mémoire du défunt.

Si l’islam n’édicte aucune prescription, le catholicisme recommande de donner une messe annuelle à la mémoire des défunts et de se recueillir sur leurs tombes le Jour des morts (2 novembre).

Ils déposeront des chrysanthèmes, symbole d’immortalité de l’âme.

Ces rituels peuvent être suivis d’un repas, une occasion de resserrer les liens familiaux.

De même, dans l’hindouisme : à chaque anniversaire, un brahmane est invité par la famille du défunt à se sustenter à la mémoire du disparu et de ses ancêtres. L’occasion de prier ensemble.

Dans le bouddhisme, chaque année, un repas est servi aux proches du défunt au domicile du fils aîné (Viêt-Nam…). Lors de l’Ullambana, fête de la piété filiale, dans les temples, les fidèles prient avec ferveur et font des offrandes aux esprits des ancêtres : plats cuisinés, fruits, fleurs, encens, articles de première nécessité pour la vie courante (Chine, Japon…).

Ce jour-là, les portes de l’autre monde s’ouvrent, les âmes des défunts rejoignent les vivants. C’est un temps de grâce collective, de nombreuses âmes seront libérées du Samsara et connaîtront le Nirvana.

Le temps du deuil dans la religion chrétienne

Le catholicisme prescrit aux endeuillés un retrait de la vie publique la première année de deuil comme leur présence à la veillée funèbre se tenant les 3 jours précédents les funérailles, aux obsèques et aux messes données à la mémoire du défunt.
Elles ont lieu les 9ème et 40ème jours et, 1 an après le décès (messe « du bout de l'an »).
C’est aussi une occasion pour la famille de se retrouver avec les amis proches et pour l’entourage :

  • de présenter ses condoléances aux endeuillés,
  • d’évoquer le souvenir du défunt,
  • de faire preuve de leur compassion,
  • de proposer soutien matériel et moral.

Les orthodoxes prescrivent des étapes du deuil identiques aux catholiques : veillée, obsèques le 4ème jour, célébrations les 9e et 40e jours après le décès pour accompagner en prière l’ascension de l’âme à toutes les étapes jusqu’à son créateur.
Les endeuillés sont invités à célébrer quotidiennement la Divine Liturgie jusqu’au 40ème jour. Lors de ces messes quotidiennes, le nom du défunt sera énoncé. Cela favorisera le repos de son âme. Suivront des offices commémoratifs à 3, 6 et 9 mois puis à chaque date anniversaire du décès.

Le protestantisme ne prescrit aucun rite de deuil, tout défunt étant accueilli par le Seigneur. Pour les fidèles, il est parfois difficile de ne pas marquer par une célébration la perte d’un être aimé. Aussi, certains mettent en place des rites pour mieux appréhender leur deuil : visite au cimetière, prière commune avec des proches…

Quelle durée pour un deuil juif ?

Pour le judaïsme, le cours du deuil diffère selon le lien de l’endeuillé avec le disparu :

  • pour un père ou une mère, le deuil dure une année ;
  • pour un frère, une sœur, son enfant ou son époux, un mois (un an selon l'usage).

Après l’inhumation, pendant une semaine, nuit et jour, les endeuillés logent sous un même toit. Durant cette période, ils devront respecter de nombreux interdits : travail et gain d’argent, relations conjugales, usage de cosmétiques et parfum, port de chaussures en cuir et de vêtements neufs, préparer des repas, se promener, étudier la Torah… Pendant ces jours difficiles, les proches ont un devoir sacré de leur rendre visite et leur apporteront des plats simples à réchauffer.

La veille du 7ème jour, se tient la cérémonie de fermeture. Elle s’achève par une collation servie à l’assistance sans alcool ni viande, les endeuillés s’abstenant d’en consommer pendant 1 mois (ou 1 semaine selon les usages) sauf lors du shabbat. Les aliments, tous de forme ronde, figurent les circonvolutions perpétuelles de la Terre poursuivant son chemin malgré notre peine. Les œufs durs symbolisent le cœur de l’Homme qui doit s’endurcir au fil des épreuves. Chaque convive prononcera une bénédiction sur chaque aliment consommé afin de contribuer à l’élévation de l’âme du défunt.
Le lendemain de la cérémonie, après un temps de recueillement au cimetière, les endeuillés reprennent le cours de leur vie privée et professionnelle.

Le deuil prend fin le 30ème jour par une nouvelle cérémonie de fermeture à la synagogue pour tous, sauf pour les enfants ayant perdu un de leurs parents. Ceux-ci devront consacrer une année du calendrier hébraïque à leur douleur et respecteront une grande part des prescriptions mentionnées précédemment.

Le deuil en islam

En islam, le deuil est de 3 jours, il débute après l’inhumation du défunt. Il est consacré à la lecture du Coran, à la prière pour la miséricorde divine envers l’âme du défunt, à des dons en faveur des nécessiteux et à la présentation des condoléances des proches.
Généralement, dans des pièces séparées, les femmes reçoivent les femmes, les hommes les hommes.
Si les pleurs sont admis, l’islam condamne l’expression exagérée du chagrin, elle témoignerait d’un manque de confiance dans le dessein divin.

Les 3 jours écoulés, la vie courante reprend ses droits même si on reste marqué intérieurement par le deuil.

Le 7ème jour après le décès, une cérémonie accompagne l’âme du défunt dans son ascension céleste. Au 40ème jour, elle est arrivée au terme de son voyage. C’est l’occasion pour les proches de se recueillir sur la tombe du défunt. Pour obtenir le pardon divin de ses péchés, seront lues la profession de foi (Shahada) et la première sourate du Coran (Fatiha).
Selon la coutume, les enfants du défunt effectueront le prochain pèlerinage à La Mecque en faveur de leur parent disparu si celui-ci n’a eu le temps ou la santé de l’entreprendre.

Deuil et hindouisme

Dans l’hindouisme, la mort d’un être cher marque une nouvelle réincarnation de l’âme (atman). Seul le karma (actions menées durant la vie) influence le sort du défunt. Lorsqu’il aura cumulé d’abondantes bonnes actions, le cycle de vie (Samsara) de l’âme cessera pour qu’elle atteigne la vie éternelle (moksa). C’est pourquoi les endeuillés ne montrent pas leur peine de façon exagérée lors d’un décès.

Le deuil débute après la crémation du corps du défunt. Du 1er au 10ème jour, nul ne peut visiter la demeure du défunt au risque de devenir impur à son tour : l’âme du défunt n’a pas quitté la maison.

Interdiction leur est faite de rendre hommage aux divinités, visiter des sites sacrés, faire l’aumône, assister à des festivités… Ils observent un régime végétarien strict.
Du 10ème au 13ème jour, les proches présentent aux endeuillés leurs condoléances. Pendant ces visites, les femmes sanglotent aux côtés de pleureuses professionnelles.
Au 13ème jour, un brahmane purifie la maison par la lecture du Garuda Purana : le dieu Vishnu y enseigne le sort de l’âme après la mort avant que les endeuillés se rendent au temple pour prier et faire des offrandes aux divinités.
Après cette cérémonie, le deuil est levé pour chacun sauf pour la veuve du défunt : vêtue d’un sari blanc, elle ne portera plus de bijou, s’astreindra à un régime alimentaire sévère, ne sera plus conviée aux fêtes.
Au 30ème jour, une nouvelle célébration au temple permettra à l’âme du défunt de devenir un esprit bienveillant et d’accéder au moksa par la fin du cycle de ses renaissances.

Deuil et bouddhisme

Les temps du deuil du bouddhisme varient d’un pays à l’autre. Le plus souvent, il compte 49 jours. Pendant cette période, l’âme du défunt rôde dans les alentours de son domicile. En Chine, on s’abstient d’utiliser baguettes et couteaux pour ne pas risquer de la blesser.

Dans chaque habitation, l’autel des ancêtres est l’expression du lien étroit unissant les membres d’une famille au-delà de la mort. Y sont exposées les photographies des ancêtres et les urnes contenant une part de leurs cendres cinéraires.

Si le bouddhisme voudrait que chaque enfant conserve une part des cendres de ses parents, la législation française interdit leur partage tout comme la conservation d'une urne cinéraire à domicile.
Sont déposés régulièrement offrandes (fruits, riz, thé…), bâtons d’encens, brûle-parfum, lampe à huile, bougies et fleurs. Devant l’autel, la famille rend hommage quotidiennement à ses ancêtres : chacun se prosterne, bâtons d’encens en mains, avant de les planter dans le brûle-parfum. Suivent des prières aux ancêtres pour célébrer leur mémoire et solliciter leur bienveillance.

Des rites de deuil laïc à imaginer

Pour un deuil laïc, voici quelques suggestions de rites. Chacun est libre de s’inspirer de ces propositions et d’en imaginer bien d’autres.

À domicile, à la mesure choisie (jour, semaine ou mois), déposer un bouquet et/ou allumer bougie ou encens devant la photo du défunt.

Ce geste peut être accompagné d’une pensée, d’une chanson, d’une méditation.

La première année, créer un livre d’or et/ou un espace d’hommage à sa mémoire sur inmemori.

  • Tous les ans, organiser une réunion lors de laquelle ses proches évoqueront leurs souvenirs avec le défunt. Au menu, ses mets et ses boissons préférés.
  • Se recueillir sur sa tombe ou dans un lieu qu’il appréciait, organiser un voyage qu’il désirait entreprendre... Pour l’occasion, tous seront revêtus de sa couleur préférée et invités à enrichir l’espace inmemori dédié au défunt.

Isabelle Levy pour inmemori