Parmi les deux pratiques funéraires autorisées en France (inhumation ou crémation), la crémation interroge autour de son cadre réglementaire, son processus, du devenir des cendres... Cet article propose un éclairage détaillé de ce rite funéraire pratiqué aujourd’hui dans près de 40% des décès en France.

Incinération ou crémation, définition et différence

La crémation relève d’une opération funéraire visant à réduire en cendres le corps d’un défunt. En Inde, la crémation s’effectue à ciel ouvert, en France au crématorium. On emploie le terme incinération lorsque la combustion concerne des objets ou des déchets.

Délais réglementaires pour l'organisation d'une crémation

La crémation a lieu 24 heures au moins et 6 jours au plus après le décès, pour tout décès en France ; 6 jours au plus après l’entrée du corps en France pour un décès à l’étranger ou en territoire d’outre mer. Dimanches et jours fériés ne sont pas pris en compte.
Des dérogations dans l’octroi de délais supplémentaires peuvent être accordées, en raison de circonstances particulières, par le préfet du département du lieu du décès ou de la crémation.

Votre pompe funèbre se chargera de coordonner l'obtention de l'autorisation de crémation délivrée par le maire de la commune du lieu de décès (Paris, préfet de police ; si à l’étranger, maire de la commune de la crémation) ou celle de la fermeture du cercueil. Elle sera accordée sur les justifications suivantes :

  • le testament crématiste du défunt (voir rubrique dédiée plus bas). À défaut, la demande de toute personne ayant la qualité de pourvoir aux funérailles justifiant de son état civil et de son domicile ;
  • le certificat du médecin chargé par l’officier d’état civil de s’assurer du décès et affirmant qui celui-ci ne pose pas de problème médico-légal ;
  • le port d’une orthèse ou d’une prothèse n’est pas une contre-indication à la crémation, ce matériel médical ne doit pas être retiré. En revanche, si la personne décédée était porteuse d'une prothèse fonctionnant au moyen d'une pile au lithium ou d’un produit avec radioéléments, un médecin ou un thanatopracteur devra attester de la récupération de l'appareil avant la mise en bière.

La cérémonie religieuse ou laïque

Une cérémonie réunissant les proches est essentielle pour marquer l’adieu, honorer la mémoire du défunt et débuter le travail de deuil. Elle peut se tenir lors de la crémation et/ou lors du dépôt des cendres ou d’une réunion de famille, voire à une date anniversaire.

La cérémonie religieuse pourra se tenir dans le lieu de culte (église, temple), au crématorium ou encore dans une salle de cérémonie municipale pour des obsèques laïques.

Toutes les traditions prévoient de réunir ceux qui sont venus rendre hommage au défunt autour d’un repas lors duquel chacun évoquera sa mémoire, priera pour son âme, soutiendra ses proches...

Comment se déroule la crémation ?

Le cercueil choisi pour une crémation est en bois aggloméré ou léger (peuplier, sapin) ou en carton. Les accessoires (poignées, emblèmes ...) sont fabriqués en matières combustibles. Fleurs et couronnes (naturelles ou artificielles) n’accompagnent pas le cercueil lors de la crémation.

Le crématorium se divise en deux parties : l’une publique réservée à l’accueil des familles (salle d’attente, salle de cérémonie, salle de présentation de l’introduction du cercueil dans l'appareil de crémation) ; l’autre technique réservée aux professionnels (un ou plusieurs appareils de crémation, salle d’introduction du cercueil, local de dépôt provisoire des urnes cinéraires.)

Généralement sans la présence de la famille et des proches, le cercueil est introduit dans l'appareil. Une auto-combustion se produit naturellement sans aucun apport d’énergie extérieure durant 90 minutes environ.
Les résidus sont recueillis dans un cendrier fermé par soudage. Celui-ci est déposé dans une urne scellée munie à l’extérieur d’une plaque sur laquelle seront gravés l’identité du défunt et le nom du crématorium.

Un membre de la famille est désigné pour venir rechercher l’urne cinéraire une fois la crémation terminée.

Devenir de l'urne et des cendres

Après la crémation, l’urne est remise à la personne qui a pourvu aux funérailles. En l’absence de décision des proches sur le devenir des cendres, l’urne peut être conservée gratuitement pendant une année dans l’enceinte du crématorium. Le délai écoulé, si la famille ne s’est pas manifestée, elle est recontactée officiellement par la commune. En cas d’absence de réponse, le maire peut ordonner la dispersion des cendres dans le jardin du souvenir le plus proche.
Depuis décembre 2008, les urnes cinéraires ne peuvent pas être conservées à domicile (sauf pour les décès antérieurs), la dispersion des cendres dans un jardin public ou privé ou sur une voie publique est interdite.

Sont autorisés l’immersion de l’urne en pleine mer ; l’inhumation de l’urne dans une propriété privée (sous certaines conditions), un caveau familial, une sépulture classique, une cavurne ; le dépôt de l’urne dans un columbarium.

Si la dispersion des cendres est admise en pleine nature (y compris par voie aérienne), elle est prohibée dans les rivières et les fleuves. Ce mode de sépulture ne permettant pas de fixer un lieu de mémoire propice au recueillement, il doit être mûrement réfléchi car irréversible.
Ces différents choix sont soumis à l’obligation d’une déclaration préalable en mairie du lieu de naissance du défunt.

Ni le partage des cendres d’un défunt entre les membres d’une famille, ni le mélange des cendres de plusieurs défunts dans une même urne ne sont prévus par la législation française.

Transport d'une urne cinéraire

Les cendres étant stériles et ne présentant aucun danger sanitaire, le transport d’une urne reste possible :
En métropole, aucune règle à observer. Il peut être effectué par un proche ou une entreprise de pompes funèbres déléguée par la famille ; par envoi postal, terrestre ou aérien, de préférence en recommandé.
Hors du territoire métropolitain ou d’un département d’outre-mer, il est soumis à l’autorisation du préfet.
Vers l’étranger : les réglementations divergeant, s’adresser au consulat du pays de destination ou à une entreprise de pompes funèbres.

L’entrée d’une urne scellée sur notre territoire est subordonnée à l’autorisation du consulat français du pays du lieu du décès.

Le transfert d’une urne cinéraire d’un lieu à un autre est possible s’il n’est pas contraire aux volontés du défunt et que cette décision soit prise à l’unanimité par les héritiers.

Qu'est-ce qu'un testament crématiste ?

Pour bénéficier d’une crémation, il suffit de faire part à ses proches de son choix pour la crémation et le devenir des cendres. Toutefois, la rédaction d’un testament crématiste attestera votre demande, facilitera leurs démarches administratives et parera aux éventuelles objections familiales. Ce document doit être écrit à la main, sans ratures, daté (chiffres et lettres) et signé. Il précisera les volontés sur le devenir de l’urne ou des cendres. Sans cette mention, le cimetière sera le lieu imposé de leur destination.
Le testament crématiste peut être confié à la personne (parent, ami, voisin…) choisie comme exécuteur testamentaire ou joint à son livret de famille ou sa carte d’identité.
La signature d’un contrat obsèques reste l’unique assurance que les dernières volontés soient respectées, même en cas d’opposition des proches.
En cas de désaccord familial sur l’organisation des funérailles, le tribunal judiciaire du lieu du décès peut être saisi.


Isabelle Levy pour inmemori