« Aller en soi-même, et ne rencontrer durant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir. (…) Les événements intérieurs méritent tout votre amour ». (Rainer Maria Rilke, 1937)

Quelles que soient nos croyances, la spiritualité peut être un guide dans le temps du deuil.

Une réflexion sur la mort

Il n’y a pas de vie sans qu’il y ait de mort ; elles sont liées comme la feuille l’est à l’arbre. « Si la vie est éphémère, le fait d'avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel », détaille le philosophe Jankélévitch. À l’échelle du temps, chaque vie compte et se conçoit par rapport à la mort. Inscrire la mort dans la vie-même et méditer sur notre finitude favorise l’accueil de ces deuils qui nous toucheront au cours de notre existence.

Un retour introspectif sur ce qui nous anime dans la vie peut nous pousser à donner à celle-ci une profondeur. Cette profondeur éclaire le cours des jours en passant par des moments de questionnements, de quête de sens, voire de méditation de pleine conscience, si l’on s’intéresse à cette pratique. Être attentif à l’instant présent, connecté à lui, cela procure de l’apaisement et régénère en permettant d’être acteur du moment vécu. Une proposition est ainsi faite à la vie, celle d’un élargissement – à la vie de l’âme, à la mystique, d’une ouverture de la vie intime à plus grand qu’elle-même.

La vie intérieure et ses possibles

Lorsque la mort se rapproche, le besoin de spiritualité se fait parfois plus pressant. Marie de Hennezel, psychologue des profondeurs et auteur de La Mort intime, explique combien « croire aux forces de l’esprit » est aidant pour vivre la mort et vivre le deuil. En s’appuyant sur son expérience en unités de soins palliatifs, elle explique : « Tandis que notre homme extérieur s’en va en ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Même si le corps se détériore, même si l’univers du mourant se rétrécit, que ses jours sont comptés, un plan de l’existence demeure, celui de la vie intérieure, intime, spirituelle. » Dans le temps du deuil autant que dans le mourir, l’énergie vitale est essentielle. Si elle s’est perdue en chemin, on pourra compter sur la tendresse humaine ou sur les forces vives de la nature.

Une occasion de plonger en soi-même est proposée avec la solitude du deuil. En nous retirant dans notre intériorité est aussi offerte la possibilité de concevoir une relation au défunt. Cette relation au défunt, si elle ne s’en tient pas aux seuls souvenirs, peut s’introduire par le truchement des rêves ou encore en parlant au défunt. Vinciane Despret, philosophe du vivant, dans un entretien accordé à InMemori met en garde : « Ce qui m’apparaît nécessaire, c’est de sortir du débat entre le fait de croire ou de ne pas croire que les défunts sont réellement actifs dans la vie des vivants ». L’important est de ressentir de l’apaisement, de se sentir grandi. Et la part d’invisible que l’on touche parfois en pensant fort aux défunts, en les ayant tout près de soi, y participe.

Que l’on soit athée, agnostique ou croyant, la spiritualité dans le deuil est une aide.