"Donner un sens au deuil, aux souvenirs de toute une vie; préparer un avenir qui tourne le dos à l'oubli". Ce sont les jolis mots d'Armand pour résumer son expérience du service inmemori.
Consacrés au défunt, privés et durables, les espaces inmemori sont de véritables demeures virtuelles qui abritent les souvenirs et construisent les liens au service du deuil à vivre.

Un endroit dédié au défunt

Choisir d’ouvrir un espace inmemori, c’est accéder à un espace privé, spécifiquement consacré au défunt. En personnalisant cet espace par une photo, par des textes spécifiques, en remaniant les sections, ces adaptations font en sorte que le défunt soit en quelque sorte chez lui, sur un espace qui lui correspond et lui ressemble. Le sociologue Patrick Baudry appelle « place des morts » ce lieu, qu’il soit physique ou immatériel, où les défunts reposent ; un lieu réservé, qui manifeste simplement toute l’importance qu’on leur accorde.

Le numérique peut devenir un espace réel sur lequel nous pouvons garder un lien fort avec la personne disparue, un lien qui fait du bien. Fiorenza Gamba, sociologue.

Fiorenza Gamba, retient l’"immortalité" d’un défunt qui détient sa page personnelle à durée illimitée. Avoir connaissance de la valeur perpétuelle d’un espace inmemori permet de ne pas brusquer le temps nécessaire au deuil. Des semaines, des mois, des années après le décès, chacun peut y retourner, à son rythme, à son heure.

Cette dernière demeure inmemori sur internet dont les gestionnaires ont les clés, a un caractère immuable, car elle reste ouverte aussi longtemps que la famille le souhaite.

Un lieu où faire vivre la mémoire

Sur un espace inmemori, le deuil peut se vivre à la fois collectivement et intimement. Une place est ainsi fabriquée pour le défunt, un espace où s’incarne son absente présence. L’idée de la vie vécue du défunt y est conservée vivante. S’adresser au défunt se fait naturellement, sans craindre la maladresse, car cet espace est le sien. La chercheuse Gaëlle Clavandier note que les dispositifs socionumériques auxquels appartiennent les espaces de recueillement en ligne, ravivent les liens entre les vivants et les défunts.

Toute une production dynamique de souvenirs s’installe sur l’espace inmemori comme on converserait sur le palier d’une porte ou dans l’intimité chaleureuse d’une pièce de maison.

Afin de garder une trace de tous les hommages déposés en ligne, il est possible de recevoir le livre d'or imprimé chez soi. Cet objet sensible concrétise la matérialité du souvenir ; il logera dans l’espace de la maison celui qui s’en est allé. Un espace de présence pour les proches.

Un espace inmemori, en étant orienté vers la vie, rassemble en son sein chacun des proches qui souhaitent se recueillir par un geste d’écriture ou le dépôt d’une photographie.

Quand il est impossible de se rassembler physiquement, sur cet espace inmemori se développent des solidarités autour du défunt : l’expression de la perte ou le lien de la consolation.

Le rapport au défunt s’y compose et s’y organise dans un cadre rituel où investir sa voix, où lui trouver une assise et un rayonnement. Les vivants, en y faisant l’épreuve d’un manque, cherchent à négocier leur place par rapport au défunt. Hélène Bourdeloie, sociologue du numérique, suggère dans ses travaux que c’est bel et bien dans la construction de ce rapport au défunt, dans la place qui lui est aménagée, que notre propre identité s’élabore.