« La mort est grande, nous lui appartenons, bouche riante. Lorsqu'au cœur de la vie nous nous croyons, elle ose tout à coup pleurer en nous. » (Rainer Maria Rilke, 1959)

Récurrentes dans le temps du deuil, les larmes peuvent être subies. Pourtant, elles n’en sont pas moins une ressource consolatrice au pouvoir inattendu.

Un chagrin puissant

Avec un décès, la peine fait souvent jaillir l’eau des yeux sur les joues. Secrètement, dans le silence d’une chambre, ou publiquement, au sein de la famille, le chagrin coule et se partage. Son intensité varie selon le lien au défunt, la pudeur, les interdits que l’on se fixe à soi-même.

Pleurer, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est l’expression de la perte, le sens d’un amour, la pluie qui s’abat sur le cœur meurtri. Cette part de sensibilité est certes le signe d’une faiblesse, d’une faiblesse qui submerge, mais d’une faiblesse qui assume la valeur du défunt. Il est parfois difficile d’imaginer ce que sera un avenir sans lui, sans elle. Cette personne qui n’est plus comptait dans nos jours, voilà pourquoi la tristesse est diluvienne.

La valeur des larmes

Dans les étapes du deuil, les pleurs sont normales. Si le regard se brouille, accepter de faire accueil aux larmes est déjà un pas vers le réconfort. Marion Muller-Colard, écrivaine, a cette parole forte dans son roman Le jour où la Durance paru en 2018 chez Gallimard : « Tout le monde n’a pas le don des larmes. Certains résistent, conservent l’art secret de pleurer. D’autres devront apprendre à nouveau, remonter les bras morts de leur vie, retrouver l’art antique des sourciers. »

Les larmes sont libératrices ; il y a de l’humanité dans les larmes. Parce que l’indicible les traverse et qu’elles manifestent aussi la force d’une relation qu’il faudra construire autrement, les larmes, dont Anne-Dauphine Julliand salue également les vertus, sont consolatrices.