Quand un proche vit le deuil de quelqu’un qui lui est cher, c’est bien là qu’il a le plus besoin de soutien. Paradoxalement, ce moment nous confronte à notre impuissance et peut paralyser. Comment trouver les mots pour le réconforter ? Nos conseils concrets, basés sur des témoignages d’endeuillés.

Il n’est pas évident de savoir quoi dire à quelqu'un qui a perdu un proche

Nous l’expliquions il y a peu dans notre article sur la prise de nouvelles auprès d’une personne en deuil : la difficulté de savoir comment se positionner, comment réagir, et quoi dire a quelqu’un qui a perdu un proche est souvent présente, et de taille. Bien que la mort soit un phénomène universel auquel nous sommes tous confrontés tout au long de notre vie, elle n'en reste pas moins un sujet tabou. Notre société contemporaine ne nous apprend plus à appréhender la mort. Delphine Horvilleur, Rabbin, écrivain et philosophe, en parlait dans l’émission “Les chemins de la philosophie” sur France culture. Les mots sont souvent maladroits. Nous sommes tous des enfants face à la mort. Nous ne savons pas comment consoler l’inconsolable.

Dans ces moments-là, ce qui est le plus précieux, ce sont des gens qui sont là, tout simplement. On ne leur demande même pas de comprendre, parce que c’est impossible. Juste de compatir et de rester présent. De ne pas fuir devant cette souffrance qui peut parfois se révéler monstrueuse et gluante, même si c’est vraiment très tentant.
Taous Merakchi, “Mortel - Petit guide de survie à la mort” (extrait)

Cette injonction à consoler peut se révéler paralysante, étouffante, et nous empêcher de manifester un quelconque soutien moral à notre proche endeuillé. Or, ce qui compte est de braver la peur de se trouver en intimité avec ces émotions, de s’approcher de trop près, d’être contaminé par la douleur. Anne-Dauphine Julliand, auteure et réalisatrice ayant perdu deux enfants, en parlait elle aussi il y a peu dans notre podcast. Pour elle, il s’agit d’entrer dans le “périmètre de la douleur” : C’est juste un pas. C’est juste être à portée de voix, à portée de main. Plutôt que de trouver les mots, se demander simplement comment on peut être là pour l’autre : consoler, c’est simplement accepter la peine et l’accompagner.

Témoigner de son soutien en acceptant la peine

Mais au-delà de cette qualité de présence, quels mots de soutien peuvent aider ? On ne sait jamais quelle phrase va faire du bien à quelqu'un. Pourtant, on peut dire quelque chose qui va changer sa vie en dépit de la souffrance qui s'est abattue sur elle. C’est ce que nous rappelle Christophe Fauré, psychiatre et psychothérapeute spécialisé dans l'accompagnement des ruptures de vie, dans son ouvrage “Vivre le deuil au jour le jour”.

Parler, ça c’est le grand sujet. Quoi dire? J’arrive, la bouche pleine de mots que je ne sais pas utiliser, je ne sais pas dans quel ordre, je voudrais que les choses soient fluides, je voudrais avoir une fulgurance incroyable qui soit d’une efficacité redoutable. Non, c’est pas ça. C’est des balbutiements évidemment, parce que la compassion est là et la peine s’en mêle. Mais c’est de l’amour quoi qu’il arrive.
Anne-Dauphine Julliand

Ce sont les mots du cœur qui sont aidants, pas les formules toutes faites. Présenter ses condoléances, dire qu’on est désolé, ou se baser sur un texte réconfortant est déjà un premier pas. Dire “Je t’aime” peut être salvateur, même si c’est parfois difficile de prononcer ces mots, surtout dans un contexte aussi émotionnel. On peut aussi rappeler à notre proche qu’il a tout le temps du monde pour aller mieux. Mais finalement, ce qui importe est moins le choix de la formule que l’intention derrière nos mots : des preuves d’amour.

Pour Anne-Dauphine Julliand, il s’agit surtout de dire : “Je suis là, je pense à toi, compte sur moi”, sous n’importe quelle forme, que ce soit un simple SMS de réconfort ou un moment de partage plus intime ou plus prolongé, qui vous permettre de vous connecter à la souffrance de l’autre. L’important est la connexion qu’on crée, pour que la personne qu’on aime et qui a vécu le décès d’un proche ne se sente plus tout à fait seule face à sa souffrance.

Prendre des nouvelles et poser des questions pour aider le travail de deuil

On se demande d’abord quoi dire quand quelqu’un est mort, alors que faire parler la personne endeuillée est souvent la meilleure approche. Quand votre ami ou quelqu’un de votre famille vient de subir la perte de quelqu’un de cher, c’est lui, et lui seul, qui vit cette épreuve. Difficile de parler à sa place... ce qui pourrait même être plutôt malvenu. Anne-Dauphine Julliand et Taous Merakchi, auteure du livre “Mortel - Petit guide de survie à la mort”, se rejoignent sur cette question : on peut demander quel est le besoin, mais aussi l’envie de l’autre. Cela permet moins d’y répondre que d’ouvrir une réflexion, et d’amener à un réflexe. Celui de prendre soin de soi, chose parfois bien difficile quand on vit un deuil.

Ne vous offusquez pas pour autant si la réponse est ‘je ne sais pas’, ce qui risque d’arriver plus d’une fois. Répondez simplement qu’en attendant, vous êtes là et que si une réponse se dégage à un moment, vous serez prêt à l’accueillir.
Taous Merakchi

Christophe Fauré liste quant à lui trois questions à poser pour prendre des nouvelles d’une personne en deuil : Qui as-tu perdu ? Que s’est-il passé ? Comment vas-tu aujourd'hui ? L’important est de permettre à la personne qu’on aime et qu’on veut soutenir dans la traversée de ces étapes du deuil d’exprimer son vécu. Le choc émotionnel après un décès peut être violent et bouleversant : il s’agit d’un événement qui transforme notre vie et qui est subi. Garder le meilleur de la relation perdue, restructurer sa vie psychique, retrouver une sensation d’équilibre, et que le monde est “en ordre” malgré cette souffrance nécessite un travail éprouvant. Il s’agit de permettre à l’autre de parler du défunt, mettre des mots sur les circonstances du décès, et exprimer les difficultés traversées. C’est une aide précieuse, qui lui permettra de se sentir soutenu dans ce travail, et de plus en plus en paix avec ce nouvel état de fait.

Réconforter une amie en deuil n’est pas qu’une histoire de mots

Parfois, nous cherchons à avoir des paroles apaisantes pour accompagner un deuil alors que ce sont les gestes qui nous viendront plus naturellement, et qui porteront l’amour et le soutien que nous voulons transmettre à notre proche. Questionner les besoins de l’autre, ou tenter de les anticiper. Quelques exemples :

  • Offrir sa présence
  • Proposer un lieu sécurisant
  • Proposer une aide dans la préparation des obsèques ou dans l’annonce du décès à un cercle plus large
  • Rendre simplement visite
  • Offrir un souvenir de la personne disparue
  • Proposer une balade ou un moment social
  • Offrir un massage

Ou plus tard :

  • Aider l’autre à se débarrasser de certains objets
  • Être présent lors des jours anniversaires du décès

Autant de gestes qui peuvent aider s’ils sont proposés et non imposés.

À un moment où on est fatigué, on n’a plus l’énergie de rien, on est au milieu du cataclysme, il y a quelqu’un qui vous apporte un plat et une tarte aux pommes. C’est hyper généreux comme acte. C’est ça qui répare, c’est ça qui fait du bien. Ça permet de retourner vers les autres, de voir combien les liens sont précieux.
Gaël Leiblang, extrait de notre podcast

Les petites choses peuvent apporter de grands réconforts à toutes les phases du deuil. Pour Gaël Leiblang, qui a perdu un enfant juste après sa naissance, c’est un repas préparé. Pour Anne-Dauphine Julliand, qui a perdu deux de ses enfants, à un certain moment, ça a pu être une simple boîte de chocolats. Taous Merakchi conseille de rester ouvert à la réponse qu’on reçoit lorsqu’on propose ces gestes, même s’il lui semble nécessaire de prendre parfois les choses en main et prévoir un programme : les endeuillés n’ont parfois pas l’énergie d’organiser une balade en forêt ou un simple café au soleil.

Et finalement, ces gestes ne sont pas là que pour faire du bien à votre proche. Ils vous permettent aussi de vous sentir utile dans le cheminement qu’il traverse, et d’apaiser votre sentiment d’impuissance face à sa souffrance.