Comment expliquer la mort aux enfants ?

Comment parler de la mort aux enfants ? Leur annoncer un décès ? Comment expliquer la mort à 2 ans ? Est-ce différent d’expliquer la mort à 5 ans ? Ou à 10 ans ? Hélène Romano, psychothérapeute spécialiste du traumatisme, nous explique pourquoi il ne faut pas faire de la mort un tabou.

Publié en
March
2024
Mis à jour en
March
2024
Par
Émilie Poyard
Expert
temps de lecture :
7 min
Sommaire
Comment expliquer la mort aux enfants ?
Crédit photo : 
© Xavier Mouton Photographie

Expliquer la mort aux enfants dès le plus jeune âge

C’est important d’expliquer la mort aux enfants? A quel âge peut-on leur en parler ?

Hélène Romano : Dans ma pratique, je constate une attention relativement adaptée aux 7-12 ans. Face aux enfants de 0 à 3 ans, les gens pensent qu’ils ne peuvent pas comprendre, qu'ils vont oublier ou que cela va les traumatiser, alors ils se taisent... 

Parler de la mort à l'enfant dès le plus jeune âge est pourtant fondamental, même quand il est bébé ou durant la grossesse.

J'accompagne des mamans enceintes qui ont perdu leur conjoint. Souvent, on leur recommande de ne pas pleurer (avec cette idée que cela est mauvais pour le bébé à naître) ou de ne pas aller aux obsèques, mais à la naissance, elles s'effondrent et c'est très difficile ensuite dans l'interaction et les liens avec le bébé. 
Il est donc essentiel de mettre des mots sur notre peine et de faire comprendre à l’enfant qu’il n’est pas seul. 

Comment leur annoncer un décès ? 

Hélène Romano : Il faut en parler le plus naturellement possible, dès le plus jeune âge. On peut leur dire par exemple : 
« Je suis très triste, ce n’est pas à cause de toi, c'est parce que ton papa est mort, c'est à dire qu'il n’est plus là, tu ne vas pas le connaître. » 

Un bébé ne comprendra pas les mots comme un adolescent, mais ses proches seront disponibles pour lui et il n’y aura pas de secret.
Ou, si la grand-mère est décédée :
« Je suis triste de savoir que tu ne connaîtras pas ma maman qui est morte. »

Il est important de pouvoir parler de la personne décédée, sans tabou, sans interdit. Toutefois, en ces moments douloureux, chacun fait comme il peut. 

Expliquer la mort aux enfants avant d’être en deuil serait l’idéal car la mort fait partie de la vie et il est plus simple d’en parler avant qu’un drame arrive. 
Par exemple, si on voit dans la rue un petit animal mort (mais pas en état de décomposition), on explique : 
« Tu vois, quand on est mort, on ne bouge plus, on ne souffre plus. » 
 

La mort du chien ou du chat, qui sont parfois de vrais confidents pour l’enfant, peut le toucher plus que celle d’un papi ou d’un tonton qu’il ne connaissait pas.

Pourquoi aussi ne pas aller visiter un cimetière un jour où il fait beau et expliquer les rituels de la mort dans notre culture, comme on le fait avec les Égyptiens et les momies ? 

Cela leur permet de comprendre que la mort, ce n’est pas l’oubli ; que lorsque l’on est mort il y a des endroits pour prendre soin des morts.
Au-delà de l'aspect religieux qui appartient à chacun, le processus de deuil consiste à intégrer dans sa mémoire l’absence de l'autre. Et les cimetières comme les lieux funéraires sont des espaces où l’on se rappelle de celui qui est mort.

Adapter son vocabulaire sans bannir le mot « mort »

Y a-t-il des expressions à éviter ?

Hélène Romano : On doit adapter le vocabulaire : même s’il est rude, le mot « mort » doit être prononcé car les enfants ne comprennent pas le terme« décédé ». 
On évite l’expression « parti au ciel », sauf si c’est l’enfant qui le dit spontanément, car les petits peuvent, dans leur réalité, vraiment croire que son proche est dans le ciel (et demander quand il va redescendre, craindre d’être surveillé tout le temps, que son parent tombe du ciel et autres exemples qui n’ont aucun sens pour un adulte mais qui, dans la théorie des enfants, peuvent devenir envahissants).

Avant 9-10 ans, un enfant a une représentation de la mort très particulière. Il croit qu’elle s'attrape, qu’elle est contagieuse. Il ne sait pas qu’elle est universelle et irréversible.Il faut lui expliquer qu’« on va tous mourir », car, dans les dessins animés, seuls les méchants ou les faibles meurent. 

Avant 9-10 ans, il faut aussi rappeler que, « quand on est mort, c’est pour toujours », car dans les jeux vidéo, on rachète des vies. L’enfant doit comprendre qu’il s’agit d’une perte définitive.

Si ce n’est pas le cas, il pose des questions candides qui peuvent décontenancer les adultes : « Papa, il est parti, il va revenir ? », « Il s’est endormi, il va se réveiller ? », « Mais il est mort parce que je n'ai pas été gentil ? ». 
Une mère qui dirait « Papa est mort », c’est extrêmement violent, et l'enfant peut avoir l'intime conviction que c’est sa mère qui est responsable, car c’est elle qui a fait l’annonce. 

Je conseille plutôt d’amener les choses ainsi : 
« J'ai été appelée ce matin par le travail de Papa, car Papa a été retrouvé par terre, il ne bougeait plus. Les secours sont venus et le docteur a dit que c'était très grave, que le cœur de Papa s'était arrêté et que Papa était mort. » 

On reste dans la réalité : c'est le rôle du médecin de faire un constat de décès, et oui, le cœur s'est arrêté, c'est une réalité physiologique, quelle que soit la mort.  

Oser montrer ses émotions et accompagner celles de l’enfant

Les parents ne doivent-ils pas se cacher pour pleurer ?

Hélène Romano : La mort nous met dans un état d'impuissance totale et, quand on est parents, on ne le supporte pas car on voudrait préserver nos enfants des souffrances de la vie, mais on n’a malheureusement pas ce pouvoir. En revanche, on a le pouvoir d'être là pour notre enfant. 
Il est important de ne pas avoir honte de ses sentiments, sinon notre enfant aura honte.  

Ce n’est pas voir son parent pleurer qui traumatisera un enfant, mais le fait qu’aucun mot ne soit dit.

Ce qui est important, c’est de dire à l’enfant :
« Tu sais, je suis triste, mais ce n’est pas à cause de toi, c’est parce que X (en le nommant) n’est plus là. Je suis triste parce qu’il est mort ; mais tu es là, je t’aime et je suis tellement heureux que tu sois là. »

Le déni et la banalisation sont terribles : l’enfant joue, s'amuse et donne l'impression de s’en moquer, mais il voit bien que le parent est triste ! 
Expliquez-lui que votre tristesse est normale et qu’il n’en est pas responsable.
Il faut également répondre à ses interrogations, qu’elles viennent tout de suite ou des années après. Il ne faut pas hésiter à demander à l’enfant s’il a envie d’en parler, sans le forcer. 

Y a-t-il des signes qui montrent que l’enfant ne va pas bien ? 

Hélène Romano : Ce qui doit inquiéter les parents, c’est le changement brutal de comportement. Si, tout d'un coup, l’enfant devient très scolaire alors qu’il ne faisait rien en classe ou l’inverse ; s’il devient désagréable alors qu'il était gentil, s’il ne dort plus ou dort tout le temps... Le deuil est la réaction face à la perte. C’est un processus psychique qui est variable pour chacun.

Certains enfants vont exprimer leur chagrin tout de suite, d’autres bien plus tard.

Certains enfants grandissent comme si de rien n'était, mais s'effondrent devenus adultes, quand ils deviennent parents ou quand leur enfant atteint l'âge qu'ils avaient quand ils ont perdu leur proche. S’ils expriment enfin leur chagrin et qu’on leur rétorque que ça fait des années que leur proche est mort et que ce n’est plus le moment d’être triste, c'est la double peine ! 

Pour aller plus loin : les livres d’Hélène Romano

Pour accompagner les enfants dans les chagrins de la vie : « Consoler nos enfants » (Leduc).

Pour expliquer la mort aux enfants : « Dis, c’est comment quand on est mort ? » (La Pensée sauvage).

Pour parler du suicide : « L’arbre et l’ombre de la lune » (Editions Courtes et Longues).

Pour parler des attentats : « Après l’orage » (Editions Courtes et Longues)

Pour accompagner les enfants malades : « Ma drôle de chambre » (Editions Courtes et Longues).

Pour les parents : « Accompagner le deuil en situation traumatique » (Dunod).

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